Par Nicolas Favier · Publié le
Le go to market désigne la façon dont une entreprise met une offre sur le marché : à qui elle la vend, à quel prix, et comment ces clients vont la découvrir puis l’acheter. La question se pose le jour où vous voulez lancer un produit ou un service, ou proposer une offre existante à un autre type de client.
Beaucoup de PME lancent alors l’offre comme elles ont lancé les précédentes : une page sur le site, un email aux clients, quelques appels. 3 mois plus tard, personne ne sait dire si le lancement a marché, ni pourquoi. Une stratégie go to market tient sur une page : 6 décisions écrites avant de dépenser le budget du lancement, et des chiffres à vérifier à date fixe. Vous trouverez ici la définition, ce qui la distingue d’une stratégie marketing, les 6 étapes, un exemple de plan pour une PME et les erreurs qui font rater un lancement.
Que veut dire go to market ?
Le go to market (ou stratégie go to market, souvent abrégée GTM) est le plan qui décrit comment une entreprise lance une offre : les clients visés, le problème qu’elle leur règle, son prix, les canaux par lesquels elle se vend et se fait connaître, et les chiffres qui diront si le lancement fonctionne. En français, on parle aussi de stratégie de mise sur le marché.
Le plan porte sur une offre précise et sur ses premiers mois de vente. Il sert autant pour un nouveau produit que pour un service existant proposé à une nouvelle clientèle.
Go to market, stratégie marketing, business plan : quelle différence ?
Les 3 documents se recoupent, mais ne répondent pas à la même question :
| Document | La question à laquelle il répond | Ce qu’il couvre | Qui s’en sert |
|---|---|---|---|
| Stratégie go to market | Comment vendre cette offre à ces clients ? |
|
Le dirigeant, les commerciaux, les personnes qui livrent l’offre |
| Stratégie marketing | Comment l’entreprise attire et garde ses clients ? |
|
Le dirigeant et l’équipe marketing |
| Business plan | Le projet est-il rentable et finançable ? |
|
Le dirigeant, la banque, les investisseurs |

La stratégie go to market est la plus courte et la plus précise des 3 : elle descend jusqu’au prix, au canal et au nombre de clients visés pour une seule offre. Elle peut s’appuyer sur un business plan existant, sans le remplacer.
Quand une PME a besoin d’une stratégie go to market
Le plan sert dès qu’un lancement oblige à décider quelque chose que vous n’avez jamais décidé :
- Une nouvelle offre : un service ou un produit que vos clients actuels ne vous achètent pas encore, par exemple un contrat d’entretien en plus de l’installation.
- Un nouveau type de client : la même offre vendue à des entreprises alors que vous vendiez à des particuliers, ou à un secteur que vous ne connaissez pas.
- Une nouvelle zone : une autre partie du pays ou l’étranger, où personne ne vous connaît et où les concurrents sont différents.
- Une offre à relancer : un produit ou un service qui se vend de moins en moins, que vous voulez présenter autrement ou vendre à un autre prix.
À l’inverse, ajouter une option à une offre qui se vend déjà, à vos clients habituels et par vos canaux actuels, ne demande pas de plan complet. Une note sur le prix et sur la façon de proposer cette option en rendez-vous suffit.
Les 6 étapes d’une stratégie go to market
Les 6 étapes suivent l’ordre des décisions : le prix se fixe d’après la cible, et les canaux selon le prix. Écrivez chaque réponse sur la même page, en une ou 2 phrases.

1. Choisir à qui vous vendez la nouvelle offre
Décrivez le type de client visé avec des critères que vous pouvez vérifier au téléphone : le secteur, la taille, la zone, la situation qui crée le besoin. Une cible trop large (« les PME ») ne vous dit ni qui appeler, ni quoi leur dire.
Notez aussi qui signe chez ce client, qui utilisera l’offre et qui peut bloquer l’achat. Le portrait de la personne qui signe, votre persona marketing, se construit à partir d’entretiens avec de vrais clients.
2. Vérifier que ces clients ont le problème et sont prêts à payer
Avant d’investir du temps ou de l’argent dans l’offre, parlez à une dizaine de clients de la cible, actuels ou potentiels. Demandez-leur comment ils gèrent le problème aujourd’hui, ce que ça leur coûte, et ce qu’ils ont déjà essayé. À ce stade, vous cherchez seulement à savoir si le problème est assez gênant pour qu’ils paient.
La preuve que des clients paieront est l’étape qui manque le plus souvent. CB Insights a analysé en mars 2026 les causes de fermeture de 431 jeunes entreprises financées par des investisseurs : 43 % avaient une offre qui ne trouvait pas assez d’acheteurs, ce qu’on appelle en anglais un mauvais « product-market fit ». Ces entreprises ne ressemblent pas toutes à une PME, mais le risque est le même pour une nouvelle offre.
Le meilleur signe que des clients achèteront reste un engagement de leur part : accepter un rendez-vous de présentation, passer une commande d’essai ou fixer une date de démarrage. Un « ça m’intéresse » au téléphone n’engage personne.
3. Écrire ce qui vous distingue des solutions que ces clients utilisent déjà
Vos futurs clients règlent déjà leur problème d’une façon ou d’une autre : un concurrent, un salarié qui s’en occupe, un tableur, ou rien du tout. Listez ces solutions, puis écrivez pour chacune ce que votre offre fait de mieux pour ce client précis.
Résumez le tout en une phrase qui dit ce que le client obtient, par exemple « vos dossiers sauvegardés chaque nuit » plutôt que « nous installons une sauvegarde ». Cette phrase est votre promesse : elle servira de titre à la page de l’offre et de première chose à dire en rendez-vous. L’article sur la proposition de valeur donne une méthode pour la formuler.
4. Fixer le prix et vérifier la marge
Partez du coût de l’offre pour vous, puis regardez ce que vos clients paient aujourd’hui pour régler le même problème. Le prix se situe entre les 2 : il doit vous laisser une marge, et coûter au client moins que sa solution actuelle, ou lui apporter davantage pour le même prix.

Calculez ensuite la marge laissée par un client, par mois ou par commande. Comparez la marge d’un client à ce que vous coûtera le fait de le trouver et de le convaincre (temps commercial, publicité, salon) : s’il faut plus d’un an pour rembourser ce coût, revoyez le prix ou la façon de prospecter. L’article sur le calcul de la marge commerciale détaille les formules.
5. Choisir comment vendre et où vous faire connaître
Décidez d’abord comment le client achète : avec vous, seul, ou par un partenaire.
- La vente directe : un commercial ou le dirigeant rencontre le client et signe avec lui. Elle convient aux offres chères ou qui demandent des explications.
- La vente en libre-service : le client achète seul, sur votre site ou en boutique. Elle convient aux offres simples et peu chères.
- La vente par des partenaires : un revendeur, un distributeur ou une place de marché vend pour vous, contre une commission.
Choisissez ensuite 2 ou 3 canaux, c’est-à-dire les moyens de faire découvrir l’offre : vos clients actuels, la prospection par téléphone ou par email, la recherche sur Google, la publicité, un salon, un partenaire qui vous recommande. Partez des endroits où votre cible s’informe déjà. L’article pour trouver des clients B2B aide à choisir quand vous vendez à des entreprises.
Si vous hésitez entre plusieurs canaux, la méthode Bullseye du livre Traction, de Gabriel Weinberg et Justin Mares, aide à trancher. Notez une idée précise pour chaque canal possible, gardez les 3 qui semblent les plus prometteuses, testez-les avec un petit budget, puis concentrez-vous sur celle qui vous amène des clients au coût le plus bas. L’article sur les 19 canaux d’acquisition détaille la liste du livre et la méthode.
Écrivez enfin, étape par étape, ce qui se passe entre le moment où un client découvre l’offre et son achat : l’appel de votre commercial ou la visite de la page, le rendez-vous, le devis, la signature. Ce parcours client vous dit quoi compter à l’étape 6.
6. Fixer les chiffres à atteindre et les dates de bilan
Pour chaque étape du parcours, fixez le total à atteindre à la fin du mois 1, du mois 2 et du mois 3, en comptant depuis le lancement : prospects appelés, rendez-vous, devis envoyés, clients signés. Notez aussi sur la page le coût total du lancement, temps passé compris : vous saurez ensuite combien vous coûte chaque signature, votre coût d’acquisition client.
Indiquez pour chaque chiffre la personne chargée de le compter chaque semaine, et ce que vous ferez s’il n’est pas atteint. Une date de bilan fixée à l’avance vous oblige à décider : continuer, corriger une étape ou arrêter. Pour choisir les bons chiffres, l’article sur les indicateurs marketing en donne pour chaque étape.
Exemple de plan go to market d’une PME
Prenons une entreprise de maintenance informatique qui dépanne les ordinateurs de petites entreprises et facture chaque intervention. Elle veut lancer un forfait mensuel de sauvegarde et de protection des postes pour les cabinets d’expertise comptable. Voici son plan, sur une page.
| Étape | Ce que l’entreprise a écrit |
|---|---|
| 1. Clients visés |
|
| 2. Preuve du problème |
|
| 3. Différence avec l’existant |
|
| 4. Prix et marge |
|
| 5. Vente et canaux |
|
| 6. Chiffres et bilans |
|
Si l’entreprise atteint ses 4 signatures, chaque cabinet aura coûté 1 087,50 € à gagner (4 350 € divisés par 4). Avec 270 € de marge par mois, un cabinet de 10 postes rembourse ce qu’il a coûté à gagner en 4 mois environ, puis rapporte ces 270 € chaque mois jusqu’à la fin du contrat.

Le plan dit aussi où regarder si les chiffres ne sont pas atteints. Si 40 appels donnent peu de rendez-vous, revoyez la cible ou la promesse ; si les rendez-vous obtenus ne débouchent sur aucun devis, c’est plutôt l’offre ou le prix qui ne convainc pas.
Les erreurs qui font rater un lancement
- Écrire le plan sans parler à un seul client visé : la cible, le problème et le prix restent alors des suppositions de l’équipe.
- Ouvrir 5 canaux en même temps : avec un budget de PME, chaque canal reçoit trop peu de moyens pour donner un résultat lisible, et vous ne savez pas lequel garder.
- Copier le prix d’un concurrent sans calculer sa marge : il n’a pas forcément vos coûts, et perd peut-être de l’argent à ce prix.
- Oublier de prévenir l’équipe : si l’assistante qui prend les appels ou le technicien sur place ne connaissent pas l’offre, ils répondent aux clients avec l’ancienne.
- Lancer sans date de bilan : sans chiffre à vérifier à date fixe, le lancement continue pendant des mois sans que personne ne décide de le corriger ou de l’arrêter.
Les heures que le commercial passe sur la nouvelle offre sont retirées à l’offre existante : si vos ventes habituelles dépendent de ses relances, elles peuvent baisser pendant les 3 mois du lancement, et cette perte n’apparaît pas dans le budget. Prévoyez qui reprend ces relances, ou ajoutez la baisse attendue au coût du lancement.
Questions fréquentes sur le go to market
Combien de temps faut-il pour préparer une stratégie go to market ?
Pour une nouvelle offre dans une PME qui vend déjà, comptez quelques semaines : le temps de mener une dizaine d’entretiens et d’écrire le plan. Un projet plus lourd, comme le lancement d’une entreprise, demande davantage : Bpifrance Création conseille de prévoir au moins 2 mois pour préparer, réaliser et analyser une étude de marché.
Qui doit s’occuper du go to market dans une PME ?
Le dirigeant, avec les personnes qui vendront et livreront l’offre : le commercial, et le responsable de la production ou des interventions. Pas besoin de recruter pour cela. Si vous pensez à créer un poste plus tard, l’article sur les rôles du CMO, du growth marketer et du RevOps (directeur marketing, chargé de la croissance, responsable des opérations commerciales) explique la différence.
Une entreprise de services a-t-elle besoin d’un go to market ?
Oui, dès qu’elle lance un service ou vise un type de client encore nouveau pour elle. Le plan est souvent plus court : la vente se fait en direct, sans boutique en ligne ni revendeur, donc avec moins d’étapes.
Que faire si le lancement ne donne pas les chiffres prévus ?
Reprenez le parcours pour trouver l’étape qui bloque : les prospects ne répondent pas, les rendez-vous ne débouchent sur aucun devis, ou les devis envoyés restent sans signature. Changez une seule chose à la fois, puis recomptez rendez-vous, devis et signatures sur un mois : le marketing itératif décrit cette façon de tester.
Le go to market sert-il seulement aux start-up ?
Non. Le terme vient des entreprises de logiciels, mais le plan sert à toute entreprise qui lance une offre. Une PME qui vend déjà a même un avantage : ses clients actuels peuvent répondre aux questions de l’étape 2 et devenir ses premiers acheteurs.
Pour préparer votre go to market, commencez par les 10 entretiens de l’étape 2, avant d’écrire le prix ou de choisir un canal.
Les réponses des clients donnent la cible, le problème et la promesse ; le prix, les canaux et les chiffres se décident ensuite, sur la même page, que vous corrigez à chaque bilan.
Pour la fiche du client visé, l’article sur le persona marketing donne les questions d’entretien.
Une stratégie go to market peut vous éviter de dépenser un budget de lancement sur la mauvaise cible ou au mauvais prix. Elle demande quelques semaines d’entretiens et d’écriture, 4 350 € dans l’exemple, puis un point chaque semaine pendant 3 mois.
Est-ce le manque d’une nouvelle offre qui fait perdre le plus de clients à votre entreprise aujourd’hui ?
Pour y répondre, il faut reprendre le trajet de vos clients d’un bout à l’autre, de la première fois qu’ils entendent parler de vous jusqu’à leur achat suivant. C’est le travail du diagnostic marketing, que nous faisons à 2 : j’observe d’abord votre entreprise comme la découvrirait un prospect (site, fiche Google, avis), puis nous comparons ces observations à vos ventes et à vos devis. À la fin, vous savez par quel chantier commencer.
Voir en quoi consiste le diagnostic
À bientôt,
Nicolas Favier
