Par Nicolas Favier · Publié le
Qu’écrire dans le cahier des charges d’un site internet pour que chaque prestataire chiffre le même projet ?
Sans document commun, chaque prestataire suppose ce que vous voulez, à sa façon, et les devis reçus ne se comparent plus. Un cahier des charges absent du devis signé n’engage pas le prestataire.
Dans cet article, vous allez voir d’abord ce que contient ce document, de l’objectif du site jusqu’au budget et à la date de mise en ligne.
C’est quoi un cahier des charges de site internet ?
Un cahier des charges de site internet est le document dans lequel une entreprise décrit le site qu’elle veut faire réaliser : à quoi il doit servir, pour qui, quelles pages et quelles fonctions il contient, avec quel budget et pour quelle date.
Les prestataires s’en servent pour chiffrer, et vous pour comparer leurs devis puis vérifier le site livré.

Le document décrit ce que le site doit faire, dans vos mots. Le choix de la technique (le programme qui fait tourner le site, l’hébergement sur un serveur) revient en général au prestataire, sauf contrainte de votre côté : un outil déjà utilisé dans l’entreprise, votre logiciel de facturation à relier au site.
On distingue parfois le cahier des charges fonctionnel, qui dit ce que le site fait pour le visiteur et pour vous, et le cahier des charges technique, qui dit comment le prestataire le construit. Pour une PME, le premier suffit le plus souvent.
Qui rédige le cahier des charges, et en combien de temps ?
Le cahier des charges s’écrit chez vous, par le dirigeant ou la personne qui portera le projet. Associez-y ceux qui répondent au téléphone et aux formulaires : les personnes qui reçoivent les demandes de devis savent quelles questions les prospects posent avant d’acheter, et donc ce que le site doit montrer.
Un prestataire peut vous aider à le rédiger, souvent dans une prestation de préparation facturée, parfois offerte ou déduite du projet si vous signez avec lui.
Le risque : un document écrit autour de ce que ce prestataire sait faire, que ses concurrents auront du mal à chiffrer.
Si vous passez par là, faites écrire dans le devis de cette prestation que le document vous appartient et que vous pouvez l’envoyer à d’autres prestataires.
Pour un site vitrine, c’est-à-dire un site qui présente l’entreprise et ses services sans vente en ligne, comptez quelques heures pour une première version si vous avez sous la main vos chiffres actuels (demandes de devis par mois, visites du site), puis 1 à 2 semaines pour la faire relire et compléter par les personnes concernées.
Le modèle de cahier des charges site internet en 10 rubriques
Copiez les 10 rubriques dans un document, puis remplissez-les dans l’ordre. La dernière colonne sert de contrôle quand vous relisez :
| Rubrique | Ce que vous y écrivez | La question pour vérifier |
|---|---|---|
| 1. Présentation de l’entreprise |
| Une personne qui ne vous connaît pas comprend-elle ce que vous vendez et à qui ? |
| 2. Objectif du site et chiffre à atteindre |
| Pourrez-vous dire, à l’échéance fixée, si l’objectif est atteint ? |
| 3. Visiteurs visés et leurs questions |
| Chaque question a-t-elle une page ou un passage qui y répond ? |
| 4. Site actuel et éléments à reprendre |
| Le prestataire sait-il ce qu’il doit garder ? |
| 5. Pages du site | La liste des pages, avec le contenu de chacune en 2 lignes | Chaque page sert-elle à un visiteur de la rubrique 3 ? |
| 6. Fonctions |
| Chaque fonction a-t-elle un critère que vous pourrez tester à la livraison ? |
| 7. Contenus |
| Qui livre quoi, et quand ? |
| 8. Référencement sur Google et mesure |
| Saurez-vous combien de demandes de devis le site vous amène chaque mois ? |
| 9. Obligations légales, propriété et maintenance |
| Les obligations légales sont-elles listées, et pouvez-vous changer de prestataire sans perdre votre site ? |
| 10. Budget, calendrier et réponse attendue |
| Les devis reçus détailleront-ils les mêmes postes, pour que vous puissiez les comparer ? |
La rubrique 2, l’objectif chiffré, est celle qui permet de juger le site une fois en ligne. « Gagner en visibilité » ne se vérifie pas. « Recevoir 20 demandes de devis par mois par le formulaire » se vérifie, à condition de compter les formulaires dès le premier jour.
Les rubriques 3 et 5 vont ensemble : chaque page du site répond à une question qu’un visiteur se pose. Pour une entreprise qui vend sur devis, même hors du bâtiment, l’article sur la création de site internet pour artisan liste les pages qui amènent des demandes de devis.
Pour la rubrique 7, si vous rédigez vous-même, suivez la méthode de copywriting pour le référencement naturel (SEO) : elle montre comment écrire une page de service que Google affiche et qui fait demander un devis. Pour la rubrique 8, la liste des recherches visées se prépare avec la méthode pour choisir ses mots-clés.
Le comptage de la rubrique 8 vous donne ensuite le nombre de demandes de devis venues du site. Pour savoir combien deviennent des clients, comptez votre taux de transformation des devis avec la méthode de l’article qui lui est consacré.
Comment écrire un besoin qu’un prestataire peut chiffrer
Si votre besoin est flou, chaque prestataire suppose ce que vous voulez, à sa façon, et les écarts de prix entre devis viennent souvent de là.
Décrivez chaque besoin par ce qu’il doit permettre, avec un critère que vous pourrez tester à la livraison :
| Phrase trop vague | Besoin chiffrable |
|---|---|
| « Un site adapté au mobile » |
|
| « Un formulaire de contact » |
|
| « Un site bien référencé » |
|
| « Une galerie de réalisations » | Une page de réalisations où vous ajoutez vous-même photos et texte, sans passer par le prestataire |
| « Un blog » |
|
Classez ensuite chaque fonction dans l’une de ces 3 priorités :
- Indispensable : sans cette fonction, le site ne remplit pas son objectif. Exemple : le formulaire de demande de devis, pour une entreprise qui vend sur devis.
- Souhaitable : vous la prenez si le budget le permet. Exemple : la prise de rendez-vous en ligne.
- Plus tard : la fonction attend une deuxième version du site. Exemple : un espace client ou un simulateur de prix. Citez-la sans la faire chiffrer, pour que le prestataire prévoie un site capable de l’accueillir.
Demandez aux prestataires de chiffrer chaque fonction indispensable ou souhaitable sur une ligne séparée. Vous verrez ce que coûte une fonction souhaitable, et vous pourrez la retirer sans renégocier tout le devis.
Les obligations légales à inscrire dans le cahier des charges
Le site doit respecter plusieurs obligations dès sa mise en ligne. Écrivez-les dans la rubrique 9 pour que les prestataires les chiffrent, puis vérifiez-les à la livraison. Ces 4 obligations viennent de la fiche de l’administration sur les mentions obligatoires d’un site d’entreprise :
- Les mentions légales : pour une société, la dénomination, la forme juridique, le capital, l’adresse du siège, un e-mail, un téléphone, le numéro d’immatriculation, le numéro de TVA intracommunautaire s’il existe, le nom du directeur de la publication (en général le dirigeant), et l’identité et les coordonnées de l’hébergeur du site, que le prestataire vous fournit.
- Les conditions générales de vente, si vous vendez en ligne à des particuliers : prix toutes taxes comprises, livraison, paiement, droit de rétractation, garanties légales et règlement des litiges.
- Le bandeau de cookies, dès que le site installe des outils de suivi qui ne sont pas indispensables à son fonctionnement (publicité, la plupart des statistiques de visite) : leur liste et leur usage, un choix d’accepter ou de refuser sans difficulté, et un lien pour changer d’avis à tout moment.
- La politique de confidentialité, sur une page à part des conditions de vente : les informations que vos formulaires recueillent, leur usage, leur durée de conservation, qui les reçoit, la raison juridique qui vous autorise à les collecter (par exemple répondre à une demande de devis), et les droits de la personne, dont celui de saisir la Commission nationale de l’informatique et des libertés.

Une société dont le site n’affiche pas ses mentions légales risque jusqu’à 375 000 € d’amende, 75 000 € pour une entreprise individuelle, selon la même fiche. Le prestataire crée les pages, mais vous lui fournissez les informations : prévoyez qui les rassemble, et pour quelle date.
Selon vos clients, 2 obligations que cette fiche ne couvre pas s’y ajoutent. Si vos clients sont des particuliers, le site affiche le nom et les coordonnées de votre médiateur de la consommation, même sans vente en ligne.
Ce médiateur est un organisme extérieur, auquel toute entreprise qui vend à des particuliers doit adhérer, souvent contre une cotisation : si ce n’est pas encore fait, faites-le avant la mise en ligne.
La fiche de l’administration sur ce sujet précise que l’oubli coûte jusqu’à 15 000 € d’amende pour une société.
Depuis le 28 juin 2025, un site sur lequel des particuliers commandent ou paient des produits ou des services doit être accessible aux personnes handicapées : lisible, utilisable et compréhensible par tous, y compris avec un lecteur d’écran (un logiciel qui lit la page à voix haute).
L’obligation figure à l’article L. 412-13 du Code de la consommation, d’après l’analyse du cabinet d’avocats Bird & Bird.
Les entreprises de moins de 10 salariés dont le chiffre d’affaires ou le total du bilan ne dépasse pas 2 millions d’euros en sont dispensées, selon la même analyse.
Une entreprise qui n’entre pas dans cette dispense n’y échappe que si elle prouve, dossier à l’appui, que l’accessibilité lui coûterait trop cher au regard de ses moyens.
Des particuliers commandent sur votre site, et votre entreprise n’entre pas dans cette dispense ? Inscrivez l’accessibilité dans la rubrique 9, et demandez au prestataire comment il la vérifie.
Propriété, accès et maintenance : les lignes souvent oubliées
À la fin du contrat, ou si le prestataire arrête son activité, vous devez pouvoir garder votre site, le modifier ou le confier à quelqu’un d’autre. Exigez-le dans le cahier des charges, avant même de recevoir les devis.
Écrivez ces 5 exigences dans la rubrique 9 :
- Le nom de domaine est enregistré au nom de votre entreprise, avec comme contact une adresse e-mail de l’entreprise.
- Vous recevez un accès administrateur au site et à l’hébergement dès la mise en ligne, en plus de celui du prestataire.
- Les textes, photos et créations graphiques que vous payez vous sont cédés : le contrat dit que vous pouvez les réutiliser et les modifier. Pour les photos achetées sur une banque d’images, demandez une licence qui vous permet de les garder.
- Le site peut être récupéré en entier : à la fin du contrat, le prestataire vous remet une copie complète des fichiers et de la base de données (l’endroit où sont stockés les textes et les demandes de devis reçues), et vous dit d’avance si votre site repose sur un outil maison qu’une autre agence ne saurait pas reprendre.
- La maintenance est décrite : qui fait les mises à jour de sécurité, à quelle fréquence, en combien de temps une panne est traitée, et pour quel prix par an.

Certaines offres de site « clé en main » louent le site au mois. Vous payez tant que le contrat court, et le site ne vous appartient pas : à son terme, vous pouvez le perdre.
L’article sur les pièges des vendeurs de sites internet raconte un contrat de ce type, signé en un seul rendez-vous, et décrit 2 autres risques à repérer avant de signer.
Faut-il indiquer un budget dans le cahier des charges ?
Oui, indiquez une fourchette. Une fourchette de budget dit au prestataire quel site proposer : un modèle de présentation existant que l’on adapte, ou un graphisme dessiné pour vous, avec plus ou moins de fonctions.
Elle ne vous oblige pas à la dépenser en entier, et un prestataire sérieux vous prévient si votre liste de fonctions la dépasse.
Écrivez 2 montants séparés :
- La création : conception, réalisation des pages, rédaction des textes de départ si vous la confiez au prestataire, mise en ligne.
- Les coûts de chaque année : nom de domaine, hébergement, maintenance et mises à jour de sécurité, abonnements éventuels (thème graphique payant, c’est-à-dire le modèle de présentation du site, fonctions payantes ajoutées au site, outil de prise de rendez-vous), et la rédaction d’articles si vous en commandez chaque mois pour le référencement.
Certains devis n’affichent que la création et laissent de côté ce second montant, celui qui revient chaque année. Inscrivez-le dans le cahier des charges : chaque prestataire devra le chiffrer.
Refonte de site : ce que le cahier des charges ajoute
Pour une refonte, c’est-à-dire le remplacement d’un site qui existe déjà, votre site actuel reçoit déjà des visites de Google, et le nouveau ne doit pas les perdre.
Avant de décrire le nouveau site, relevez dans la Google Search Console ou l’outil de statistiques de votre site (votre prestataire actuel peut vous les extraire) les pages qui reçoivent des visites depuis Google et celles qui amènent des demandes de devis.
Complétez alors la rubrique 4 sur 3 points :
- La liste des pages à garder, avec leur adresse actuelle et la raison : les visites ou les demandes de devis qu’elles amènent.
- Le plan de redirection : chaque page de l’ancien site a sa propre adresse (par exemple votresite.fr/pompe-a-chaleur), et le plan dit vers quelle nouvelle page chacune renvoie automatiquement, pour que Google et vos visiteurs ne tombent pas sur une page vide.
- Les contenus à reprendre : articles, avis, réalisations, et les comptes clients s’il y en a.
L’article sur la refonte de site internet détaille ces étapes et la préparation des redirections.
Exemple de cahier des charges pour une PME
Prenons une entreprise qui isole des maisons et installe des pompes à chaleur, sur une agglomération et ses environs.
Elle reçoit la plupart de ses demandes de devis par téléphone, et son site actuel, en ligne depuis 8 ans, en amène 3 par mois par le formulaire. Voici son cahier des charges, rubrique par rubrique :
| Rubrique | Ce qu’écrit l’entreprise |
|---|---|
| 1. Présentation de l’entreprise |
|
| 2. Objectif du site et chiffre à atteindre |
|
| 3. Visiteurs visés et leurs questions |
|
| 4. Site actuel et éléments à reprendre |
|
| 5. Pages du site |
|
| 6. Fonctions |
|
| 7. Contenus |
|
| 8. Référencement sur Google et mesure |
|
| 9. Obligations légales, propriété et maintenance |
|
| 10. Budget, calendrier et réponse attendue |
|
Les montants de la rubrique 10 sont des ordres de grandeur propres à cette entreprise : écrivez votre propre fourchette, selon votre projet. Dans l’exemple, la rubrique 2 donne au prestataire un chiffre à atteindre, et la 4 lui dit quelle page garder pour ne pas perdre les visites venues de Google.
Se servir du cahier des charges pour comparer les devis
Envoyez le même cahier des charges à 3 prestataires, avec la même date limite, et demandez un devis qui reprend vos rubriques. Demandez aussi à chaque prestataire une ligne séparée pour ses propres idées, avec leur prix : vous recevez ses propositions sans perdre la comparaison.
Reportez ensuite chaque réponse dans une grille :
| Ligne à comparer | Ce que vous vérifiez dans chaque devis |
|---|---|
| Pages | La liste correspond à la rubrique 5, page par page |
| Fonctions indispensables et souhaitables | Chacune a son prix, sur une ligne séparée |
| Rédaction | Le nombre de pages rédigées par le prestataire |
| Mesure | Le comptage des formulaires et des clics sur le bouton d’appel est compris dans le prix |
| Obligations légales | Les pages légales, le bandeau de cookies et l’accessibilité, si elle s’applique, sont compris dans le prix |
| Propriété et accès | Les 5 exigences de la partie « Propriété, accès et maintenance » sont acceptées par écrit |
| Coûts de chaque année |
|
| Calendrier | La date de mise en ligne et les dates de livraison de vos contenus |
Quand un devis ne chiffre pas une rubrique, demandez la ligne manquante avant de comparer les totaux. Un prix bas cache parfois une rubrique oubliée, que le prestataire vous facturera ensuite en supplément.
Pour lire les montants reçus et repérer les clauses à risque, l’article sur le devis de site internet donne les postes à y trouver et les prix relevés en 2026.
Gardez le cahier des charges avec le devis signé. À la livraison, reprenez-le ligne par ligne et testez chaque critère, du formulaire au bouton d’appel, avant de régler le solde.
Questions fréquentes sur le cahier des charges d’un site internet
Quelle différence entre un brief et un cahier des charges ?
Le brief présente le projet en quelques paragraphes, pour obtenir un premier rendez-vous ou une idée du prix. Le cahier des charges décrit le site entier, rubrique par rubrique, pour obtenir des devis comparables. Pour une consultation qui ne porte pas sur un site, l’article sur le brief agence marketing en donne la structure.
Combien de pages doit faire un cahier des charges de site internet ?
Un cahier des charges de site internet n’a pas de longueur imposée : il est complet quand chacune des 10 rubriques répond à sa question de vérification. Pour un site vitrine, le document lui-même tient souvent en quelques pages de texte, tableaux compris.
Un site de vente en ligne ou un espace client demande plus de détail sur les fonctions.
Le cahier des charges a-t-il une valeur contractuelle ?
Le cahier des charges a une valeur contractuelle quand le devis signé ou le contrat le cite ou le joint en annexe. Sans cette mention, le prestataire pourra dire qu’il ne s’est engagé que sur son devis.
Faites écrire sur le devis que le site est réalisé conformément au cahier des charges joint, avec sa date, et datez chaque nouvelle version.
Peut-on rédiger son cahier des charges avec une intelligence artificielle ?
Oui, on peut rédiger une première trame de cahier des charges avec une intelligence artificielle comme ChatGPT, à partir du modèle en 10 rubriques.
Vos chiffres, les questions de vos prospects et vos exigences de propriété viennent de vous : l’assistant ne les connaît pas, et il remplit les vides avec des généralités qu’un prestataire ne peut pas chiffrer.
Passez votre cahier des charges à une personne extérieure au projet, et notez chaque ligne où elle ne saurait pas dire ce qui sera testé à la livraison.
Chaque prestataire chiffrera une ligne floue à sa façon. Réécrivez-la avec un critère que vous pourrez tester, puis vérifiez que chaque contenu attendu de votre côté porte un nom et une date.
Prévoyez aussi, dans le calendrier, les heures que votre équipe passera sur les textes et les photos : la date de mise en ligne en dépend.
Une fois les réponses reçues, l’article sur le devis de site internet aide à lire les montants. Pour choisir vos pages, l’article sur la création de site internet pour artisan donne la liste utile à une entreprise qui travaille sur devis.
À bientôt,
Nicolas Favier
